Ambitionner de changer les consciences au plus profond du biologique (le mental de la cellule), point de départ de notre évolution, en évinçant le niveau social est tout simplement impossible à considérer et il faut bien admettre que l’émergence de cette conscience nouvelle doit s’accompagner de changements profonds de culture dans la société. Et ce sont ces changements qui seront capables d’imprégner la matière, s’ils sont porteurs de nouvelles valeurs fortes de sens. Ces valeurs existent déjà, encore non perceptibles à l’échelle du collectif, elles naissent et se développent au quotidien, chez des individus isolés, mais qui ont compris qu’il fallait désormais prendre des distances vis-à-vis de la société de consommation et de la technologie érigée en mythe et adopter une vision du monde résolument cohérente pour changer les perceptions de la réalité. Ces individus sont déjà en train d’émerger, ils doivent découvrir qu’ils sont plus nombreux qu’ils ne le croient et qu’ils ont surtout les moyens d’atteindre la masse critique. Quand ce jour viendra, les nouvelles convictions seront si profondes que la conscience collective naîtra d’elle-même, à l’origine d’une transformation active de la société dans un sens plus humain.
Qu’est ce qui caractérisent ces « nouveaux individus » ? Des individus chez qui l’ordre des priorités fondamentales dans leur vie change : leur style de vie change, leur manière de dépenser leur temps et leur argent change, et leur manière de gagner leur argent change aussi ! Et tout ça pour le respect d’une « authenticité personnelle ». Bref, c’est la concordance entre les actes de la personne et ce qu’elle dit et croit qui est leur quête, bien agacés par tous les tapages publicitaires, les « gonflages » médiatiques, l’agitation et la manipulation des médias pour des phénomènes de mode passagers, qui, à leurs yeux, sont dépourvus de sens et envahissants. Loin des réflexions de masse, ils préfèrent apprendre de manière intime et personnelle en faisant confiance à leur propre capacité critique. Leur motivation, c’est d’exprimer au quotidien leurs valeurs et leurs idéaux par le biais d’actions personnelles concrètes toujours en vue d’améliorer la société.
Quelles sont ces priorités fondamentales, piliers de leurs valeurs nouvelles ? Refusant l’idéologie du toujours plus, le matérialisme, l’avidité, le « moi-d’abord », les dépenses ostentatoires, les inégalités flagrantes entre les races et les classes, l’incapacité de la société à prendre en charge les besoins des personnes âgées, des femmes et des enfants, le cynisme dominant qu’on nous présente comme du réalisme, tout ce qui finalement porte atteintes à des valeurs humanistes. Ainsi, en s’éloignant des présuppositions et des valeurs habituelles de la culture moderne, ils construisent par petits bouts, une vie qui les fait VIBRER. Dans une société où les valeurs sont compartimentées et étiquetées, ils font leur maximum pour tisser une vie cohérente et intégrée, en faisant dominer dans leur quotidien des valeurs qui vont dans le sens d’un bien être pour tous en respect avec notre environnement, sans quoi nous ne pouvons pas espérer évoluer: une forte sensibilité aux problèmes écologiques, l’accomplissement de soi et la spiritualité, l’alimentation biologique et les médecines douces visant le maintien de la santé physique sans altérer la santé psychique et l’implication sociale. Et ce n’est pas rien de suivre un chemin différent de celui de la culture dominante car celle-ci inculque des normes que l’on accepte comme allant de soi, une vision du monde qui recouvre tellement tout, un point de vue tellement « présupposé », que la masse n’y voit aucune alternative, surtout quand c’est l’économie, qui domine la manière de vivre. Mais un des éléments essentiels de l’innovation, c’est la capacité de penser au-delà du cadre et c’est une motivation suffisante venant de ces « nouveaux individus ». Ainsi, la principale qualité qui les réunit, c’est l’ouverture d’esprit, celui qui semble naturel quand on a suffisamment confiance en soi pour savoir écouter les autres (s’adapter) sans perdre ses moyens ou le fil de ses idées. Etre ainsi, c’est avoir le rêve d’une culture intégrale qui pourrait rassembler les « modernistes » et les « traditionalistes », le planétaire et le local, le changement intérieur et l’activisme extérieur. Lorsqu’on se retrouve confronté à un paradoxe, on peut être sûr que la seule réponse véritablement créative à cet entre-deux au milieu duquel nous nous trouvons aujourd’hui sera celle qui relie les différences tout en recadrant les formulations habituelles du problème à l’aide de nouvelles perspectives. L’intelligence de ce « mouvement en émergence » est la prédominance culturelle auquel il s’attache. En effet, la plupart des mouvements sociaux existants ont deux branches : une branche politique et une branche culturelle. Mais actuellement, la branche politique a trop d’impact sur la société parce que les médias, le gouvernement, les entreprises ont toujours tendance à étouffer les valeurs culturelles et à les minimiser en les qualifiant toujours d’utopies. En réalité, c’est la force de la branche culturelle qui permettrait de briser les sorts jetés depuis des générations.
Mais à l’heure actuelle, il manque à ces individus la conscience d’eux même en tant que groupe, le sentiment d’appartenir à une même culture. Ils n’ont pas acquis le sentiment d’un « nous » comme identité collective. Tant qu’ils n’auront pas développé un réel sentiment communautaire, leurs mouvements, leurs entreprises et leurs institutions en cours de développement ne pourront pas grandir et les leaders politiques potentiels ne pourront pas faire cause avec eux. Cependant, comme en plein cœur de l’océan où, au sein du courant, se développent de nouvelles formes de vies tout à fait nouvelles, différentes influences sont en train de converger et être à l’origine d’un grand changement général au sein de la société. De plus en plus de mouvements (encore marginaux), féministes, écologiques, spirituels… sont en train de se rapprocher, jetant les bases d’une nouvelle forme d’action et de réflexion cohérente. On sent monter le désir d’une identité collective « glissant » vers la contestation. Il faut maintenant que de cette contestation se développe une vision plus positive et volontariste des choses, de l’activisme et de l’avenir. Dans l’ensemble, des manifestations doivent révéler l’existence d’un système créatif auto-organisé qui, en se mettant en place ferait preuve d’une grande intelligence collective. Comptons sur notre sagesse, notre savoir-faire technologique, notre imagination, notre générosité, notre compassion, notre volonté d’apprendre, notre persévérance et notre courage individuels pour cela.
Si en lisant cet article, vous vous sentez comme un maillon de cette chaîne constituant un rite possible de passage collectif qui, dépassant tous les paradoxes de notre société, nous guide vers une nouvelle forme de culture, à la base d’un changement non seulement sociétal mais surtout biologique profond et donc évolutif, sachez que sans le savoir, vous êtes un individu qualifié par une enquête sociologique de « créatif culturel ». Vous n’êtes pas tout seul, vous êtes même de plus en plus nombreux, soyez sûr de votre force, point de départ d’une conscience supérieure…