"Tais toi, va-t-en et cache
Tes sentiments et tes pensées
Que dans le profond de ton âme
Elles se lèvent et se couchent
comme les étoiles de la nuit
Regarde-les et tais-toi.
Ton coeur dira-t-il ce qu’il est ?
Un autre te comprendra-t-il ?
Comprendra-t-il de quoi tu vis ?
Pensée exprimée est mensonge
En fouillant tu troubles les sources.
Nourris-toi d’elle et tais toi.
Sache ne vivre qu’en toi-même
Ton âme contient tout un monde
De secrets et de visions
Le bruit du dehors les effraie
Les rayons du jour les aveuglent"
Tucnev
Ce poème laisse une impression glaciale, celle d’un désespoir secret à ne pouvoir parler. Il fait penser au repli définitif de l’individu résolu de couper toute communication avec autrui. Si le langage est à ce point limité ou si la pensée est trop obscure et compliquée, alors il ne reste plus qu’à se taire, il ne reste que le mutisme. Parfois nous échouons à traduire ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage. Ainsi, quand les mots, trop gourds et maladroits ne peuvent traduire de manière suffisamment exacte le langage de l’âme, qui s’inscrit forcément à la frontière de l’indicible, celui-ci est-il tu pour de bon ou s’exprime-t-il autrement ?...