Communiquer pour révéler…
Etant considéré comme outil de l’homme participant à sa singularité par rapport à tout autre espèce, le langage, doit lui servir pour se transformer au-delà de ce qu’il est aujourd’hui. Si c’est vers l’écoute et la prise en compte du sensible, de l’intuition et de l’inconscient qu’il doit se diriger, alors c’est le langage qui doit l’y mener. En « entendant » et en se « servant » autrement du langage, dans son sens le plus élevé, bien plus que communiquer, bavarder, il nous aidera à capter ce qui EST, à révéler le sens de ce qui, dans le silence de l’ ETRE, peut entrer dans le dicible. Doué de la parole, nous pouvons être portés dans la sphère de la compréhension du sens de l’existence. En effet, ayant avant tout pour vocation de servir à penser par une utilisation linguiste et conventionnelle des mots, il possède (tout comme l’inconscient) des secrets cachés, capables d’exprimer non plus des concepts, mais des images. Et c’est au travers d’une approche symbolique du langage, qu’il sera possible d’accéder à ces images, et donc d’évoluer…
Pour cela, il faut déjà admettre que la valeur du langage ne tient pas seulement au souci d’efficacité de la communication. Il peut être davantage qu’un moyen d’expression, de communication, sans le détour d’une quelconque utilité. Au lieu d’être trivial et commun, parce que tourné vers l’action, différents moyens peuvent le ramener à ce qu’il est originellement : un langage sensible, révélateur des valeurs ontiques universelles qui habitent l’homme dans sa quête de l’accomplissement de soi, de la vérité jusqu’à l’essentialité en passant par la simplicité, la beauté, la complétude, l’originalité…et de son inconscient. Dans la recherche de ce « verbe sensible », commun à tous et rénovateur de Babel qui nous permettrait d’atteindre le ciel, univers des êtres dits supérieurs, les dieux (en bref, d’atteindre le degré ultime d’évolution qui doit être LA quête de chaque être humain !), il faut entrevoir le mystère de la parole que la raison logique n’atteint pas, un mystère qui s’épanouit quand nous devenons capables d’écoute. Il s’agit là de rechercher d’autres voies de connaissance, de décrire le réel et de l’appréhender avec un regard neuf et de se laisser guider par son « cerveau droit », intuitif et global, trop souvent réprimé et mis au rebut dans nos sociétés actuelles, car les secrets sont bien encrés en nous. Mais cela suppose toutefois de conserver une griffe de cohérence afin de ne pas sombrer dans les dérives de l’imaginaire et de l’illusion. Ainsi, tout comme le langage conceptuel s’exprime selon une méthode construite sur la pensée logique et l’analyse linguistique des objets, cette autre voie doit prendre ses sources sur la pensée analogique (la synchronicité de Jung) et l’approche symbolique des objets. Car tout peut être symbole dans la nature pour qui a développé un regard et une sensibilité symbolique et tout objet considéré comme tel est plus qu’il n’y paraît : il est porteur de sens, une manière de ré- enchanter le monde, et d’écouter son chant ! Et nombreux sont les outils à notre disposition, dans notre quotidien capables d’enrichir de sens et de symboles notre langage et qui doivent prendre appui sur ce que l’on EST, entité globale appartenant à un tout encore plus grand. Ainsi, si les astres, puissants centres énergétiques, constituent ce grand tout qui nous environne, il faut les considérer comme porteurs d’une symbolique encrée depuis la nuit des temps dans l’inconscient collectif de chacun, qui ne demande qu’à transparaître et à révéler ce qui nous lie à l’au-delà, au ciel et aux Dieux et doit nous « guider » vers « plus haut »! Si l’on considère que tout est en étroite interrelation dans l’univers, ce macrocosme serait apte à résonner dans le microcosme qui s’organise en notre corps, rempli d’énergie et possédant lui aussi un langage symbolique par lequel il exprime aussi bien ses sentiments les plus sereins que ses souffrances les plus cruelles. Ce corps, qui nous encre sur la terre, nous indique bien que pour espérer évoluer, c’est en révélant ce qui est au plus profond, au plus intime et au plus caché de nous, jusqu’aux racines de notre inconscient individuel, qu'il faut puiser les ressources, par le biais de nos ancêtres...
Et c’est entre autre par le langage métaphorique qu’il faut passer pour rendre par l’image ce qui ne se dit pas dans les concepts tout préparés. La métaphore peut suggérer au niveau du sensible, par l’image, ce qu’est la chose même. L’image sert alors de pont vers la saisie intuitive d’une relation subtile que le mental ne peut appréhender à partir de sa logique linéaire et duelle. L’usage du mythe prend tout son sens ici, pour passer au-delà des possibilités de la dialectique logique. Comme la métaphore, il ne traduit pas du tout une impuissance de la pensée, mais une manière poétique, imagée et réelle, de suggérer des valeurs qui ne se découpent pas en concepts rationnels. De la même manière, le verbe possède un pouvoir naturel, le mot est magique par essence et rend le langage sacré d’où la nécessité « d’écouter avec notre oreille sensible » chaque syllabe de chaque mots choisis car ils ne le sont pas au hasard, et dans chaque discours entre le monde sensible. Une image et une idée se cache ainsi dans la phonétique et l’étymologie de chaque mot et dans ce sens, il faut savoir que des jeux de mots se cachent derrière chaque sons qu’ils émettent, suggérant d’autres mots comme pour à la fois les cacher et le rendre détectables ensuite. C’est l’expression de toute la complexité de l’inconscient, qui même enfoui bien au chaud au fond de nous même, ne demande qu’à rejaillir par n’importe quelle porte pour se libérer.
Libérer nos inconscients (individuels et collectifs) pour évoluer par le verbe passe inévitablement par l’attention particulière qu’on doit porter à la symbolique de tout acte de notre quotidien, surtout ceux auxquels on ne parvient pas à donner une explication rationnelle comme les rêves, les actes manqués, les coincidences… Ce sont ces manifestations qui servent de point d’encrage de nos inconscients dans la « réalité », et leur décodage par le langage symbolique doit permettre de comprendre la cohérence et le lien qui réside entre la manifestation de toute chose et sa signification. Peut-on envisager que nous tenons là la vocation ultime du langage, celle de « re-lier » l’Homme et les Dieux, dont la mésentente les a conduit à la destruction de la tour de Babel, unique obstacle à une possibilité d’évolution car cela n’avait aucun sens. Donc le langage, pour être réellement constructeur doit « re- lier » tout ce qui par convention est séparé y trouver un sens et unifier les « forces » pour créer un nouveau babel, révélateur d’une véritable puissance créatrice menant toujours « plus haut »… « re-lier » tout ce qui par nature est séparé… le ciel et la terre, les yin et le yang, le cerveau gauche et le cerveau droit, l’être et l’avoir, le conscient et l’inconscient !