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Trouver son mythe fondateur...

... Celui là même qui, en créant l’émerveillement nous invite à recevoir la CONSCIENCE VRAIE ...

 

«  C’est ici (devant un paysage de la nature africaine) qu’avec une éblouissante clarté m’apparut la valeur cosmique de la conscience : ce que la nature laisse incomplet, l’art le parfait, est-il dit dans l’alchimie. L’Homme, moi, en acte invisible de création, ai mené le monde à son accomplissement en lui conférant existence objective. On a attribué cet acte au seul Créateur (Dieu), sans prendre garde que, ce faisant, on ravale la vie et l’être, y compris l’âme humaine à n’être qu’une machine calculée dans les moindres détails qui continue sur sa lancée, dénuée de sens, en se conformant à des règles connues d’avance et pré déterminées. Dans la désolation d’un tel mécanisme d’horlogerie, il n’y a plus de drame de l’Homme, du monde et de Dieu, plus de « jour nouveau » qui mènerait à des « rives nouvelles », mais simplement le désert de processus calculés d’avance »

 

            Devant ce spectacle d’une nature qui l’a soudain éblouit, C. G. Jung venait de réaliser sa première expérience spirituelle profonde, celle qui l’a conduit à trouver son propre mythe fondateur (appelé autrement Idéal), celui là même qui lui permis d’accéder à la CONSCIENCE humaine vraie, qui crée l’existence objective et dont la signification permet à l’Homme de trouver sa place indispensable dans le grand processus de l’être. A l’heure où l’Homme moderne a perdu tous ses mythes, toutes ses racines spirituelles, où il est toujours possible au rationalisme de l’homme de balayer toute expérience spirituelle que nous offre la conscience, il en va de son devoir pourtant, pour atteindre l’équilibre et ainsi évoluer, de les réintégrer, puisqu’ils appartiennent à sa nature originelle, en tant que fruit de cette singularité bien propre à l’espèce humaine mais non encore suffisamment exploitée, qu’offre la conscience. Comment, comme Jung, entrer dans cette expérience saisissante de la conscience, et rendre à notre vision du monde toute son objectivité et donc sa plénitude ?

 

            Pour aborder une telle problématique, il faut déjà considérer qu’au sein du règne animal, l’Homme se distingue d’un point de vue biologique et évolutif par une amplification de ses aptitudes mentales, conséquence de ses capacités adaptatives remarquables (si l’on accepte la théorie de Darwin !). Il est alors l’objet d’une innovation biologique, résultat de mutations géniques, épigénétiques ou de modifications chromosomiques diverses. En ce sens, il faut accepter comme possible la sécrétion d’un facteur de croissance neuronal modifiée qui  aurait engendré un allongement de la durée de prolifération de certaines cellules cérébrales. Cet animal humain est passé de dix à trente milliards de neurones pour aujourd’hui, en posséder cent cinquante milliards. Sachant que chacune des cellules nerveuses est capable d’échanger des informations avec dix mille autres, une telle multiplication permet d’envisager que cet enrichissement de connexions cérébrales engendrent l’émergence d’une aptitude nouvelle : les prémices de la CONSCIENCE. Si certains ancêtres avaient déjà la faculté de s’adapter à l’instant présent, cela amène à l’Homme cette capacité propre d’utiliser les expériences du présent pour se projeter dans le passé et dans le futur, ainsi avec la notion de conscience, la notion de temps apparaît. Appréhendant son évolution et celui de son environnement, il peut se préparer à y répondre. Une nouvelle propriété mentale qui le préservera de la sélection naturelle.... se projeter dans l’avenir ! Pour se préparer à un scénario d’avenir, l’Homme est capable de percevoir, de connaître plus ou moins clairement les caractéristiques de son existence et celles de son environnement en discernant son identité propre (sujet) de l’accomplissement de son action (objet)  et de son milieu. Mais avec cette conscience de l’avenir, naît très vite le sentiment de peur... d’un péril redoutable : sa mort inévitable. C’est ainsi pour pouvoir supporter cette intolérable destinée qu’il a si tôt développé le sentiment symbolique matérialisé par des rites, des croyances et plus tard des mythes. Il a trouvé en eux le moyen d’exorciser ce sentiment de fin pour le transformer en rite symbolique de passage. C’est par cette idée qu’il est possible de concevoir que tout sentiment spirituel, religieux ou tout autre forme de symbolisme mythique apparaît comme un phénomène existentiel dans le processus d’humanisation et a sa valeur inscrite dans la biologie de l’organisme pour survivre à l’idée de la mort qu’il a conscientisé. L’ART aurait dès lors servi d’outil à l’Homme pour transcender cette terreur de la mort, puisqu’il s’agit par lui d’embellir une réalité ou en tous cas lui donner un nouveau niveau de perception dans l’idée de rendre à l’existence sa véritable objectivité : transformer la peur de la mort (et donc de l’arrêt du temps) en rite de passage ou le temps continue et l’Homme survit et évolue. En ça, l’Homme doit intégrer l’Art dans son quotidien, non pas comme un élément futile, mais dans le but d’accéder à un nouveau niveau de perception de la réalité, première étape de la CONSCIENCE VRAIE.

 

            Au delà de la conscience de son identité, inscrite dans sa biologie, l’Homme est par nature un être social et cette conscience ne peut qu’être liée à la conscience de l’autre... autre spécificité qui le distingue des autres animaux. En effet, le règne de la nature reste incomplet dans ses états biologiques pré- humains, puisqu’à ce niveau, c’est le bain originel de l’inconscience, et avec lui de l’indifférenciation de l’être qui caractérise la psyché animal, dans l’incapacité d’accéder à l’Identité. Cet état, propre aux animaux fait qu’ils ne se distinguent pas les uns des autres, que chacun reste dans le troupeau de son espèce, dans son monde. Il n’y a pas d’autres dans le règne animal, d’autre par rapport à qui l’on puisse se différencier et devenir soi-même « autre », se transformer à son contact, se rencontrer... Jung a écrit : « là où il n’y a pas d’autres, où il n’existe pas encore, toute possibilité de conscience cesse ». Avec la conscience humaine, arrive la différenciation née de l’intégration du rapport avec l’autre, condition supplémentaire pour accéder à un nouveau niveau de CONSCIENCE VRAIE. Mais au delà de cela, l’expérience saisissante de la CONSCIENCE VRAIE ne peut s’envisager sans prendre l’initiative personnelle au quotidien de s’isoler totalement du groupe dans lequel nous sommes forcément par nature intégrés (collègues, société, amis...), sortir de la matrice sécurisante de ce groupe familier et de son bruit habituel pour se rendre disponible à l’accueil d’une réalité radicalement différente, et par la même sortir d’une sorte d’indifférenciation à son groupe. Attention cependant à ne pas s’enfermer dans des considérations personnelles et égoïstes (là est toute la difficulté) dans ce cas là avec aucune possibilité évolutive. En ce sens plutôt, la différenciation crée l’univers comme un monde unique dans lequel JE peux me différencier des autres (sans m’en extraire !!) parce que je les rencontre en tant qu’autres et je les reconnaît eux mêmes comme des êtres différenciés. Dans la nature humaine, la conscience en chacun est liée à la conscience de l’autre, lien apparaissant essentiel en astrologie, marqué par l’axe I/ VII et Bélier/ Balance.

 

            Enfin, on a depuis toujours considéré que si la conscience conduit l’univers à son accomplissement, en le constituant comme un monde unique dans lequel l’expérience de l’altérité et de l’harmonie sont possibles, ce n’est pas l’oeuvre de l’Homme seul, mais plutôt du fait qu’il est par nature, co-créateur de l’Univers avec une entité suprême, capable de tout (sous entendu au delà des limites de l’Homme !) : DIEU. Celui-ci crée l’Univers et le conduit jusqu’au moment où l’Homme, par sa conscience, peut le parachever en unité. Donc Dieu a besoin de l’Homme pour accomplir sa création et pour se réaliser lui-même en son sein. On peut aussi penser qu’il crée l’Homme parce qu’il en a besoin et qu’il vise à travers lui, son propre accomplissement. Mais par Dieu, il faut sous entendre la notion de SOI si complète et complexe, le SOI comme centre transcendant de la psyché humaine visant à sa propre réalisation. Ainsi, Dieu rejoint le concept de Soi, et la religion rejoint la spiritualité nécessaire à l’accomplissement de l’Homme. Dans ce sens, il paraît indispensable de l’intégrer à son mode de fonctionnement quotidien, pour accéder à un niveau supérieur de CONSCIENCE VRAIE.

 

            La conscience humaine est ainsi l’expérience d’un double émerveillement qui fonde l’aventure de l’humanité : Elle nous ouvre à l’univers en tant que monde unique au sein duquel la différenciation devient possible par l’intégration de l’autre. Et elle nous provient de l’intérieur (pas de l’intellect !), de la source divine cachée en nous, d’où la nécessité d’intégration de Soi. Le lien entre ces deux types d’intégration se cache derrière l’expérience de la COMMUNION, l’union parfaite accessible en adoptant une nouvelle perception d’une réalité objective, ce qui est permis par l’Art. Mais il faut comprendre que pour se mettre en condition de recevoir une nouvelle expérience de conscience, il ne s’agit pas de se créer intellectuellement cette conscience, mais accepter qu’elle advienne, qu’elle s’impose à nous, comme une apparition sacrée, révélation du SOI. L’Art, sert en ça qu’il est la faculté de se rendre disponible au SOI, comme réceptacle de la conscience, pour recevoir l’interpellation qui vient du SOI et qui est irruption d’une CONSCIENCE NOUVELLE...

 

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