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... Le pire et le meilleur (2)

Communiquer pour dominer …
 
« A force de répétitions et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. Car après tout, que sont « cercle » et « carré » ? De simples mots. Et les mots peuvent être façonnés jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils véhiculent. »
Joseph Goebbels
 
Si le langage humain conserve les traces d’une valeur de signal dans bien des situations du quotidien, il se distingue néanmoins des autres espèces animales, par sa capacité à « penser » les signaux et à disposer d’un système de signes (gestuels et verbaux) porteur d’une pensée réfléchie et intellectuelle. Si ce substitut symbolique place souvent l’homme au dessus de l’intelligence animale, il peut aussi l’éloigner de sa destinée première (évoluer), quand il devient l’instrument de l’illusion, du mensonge et du pouvoir, comme ce qui est souvent le cas dans notre société actuelle et l’intellect du mental de l’homme, en s’imposant sur le reste pourrait bien conduire à sa perte.
 
            De nos jours, alors que le matérialisme, l’argent et la science triomphent, sans âme, en persistant à découper indéfiniment la matière et séparer de plus en plus l’homme de son cerveau droit, les mots ont quitté la voix humaine propre à chaque personne, le langage s’est désincarné, coupé de son origine émotive. Ainsi l’essor des technologies et du progrès, conduit à réprimer tout ce qui touche de près ou de loin au cerveau reptilien et en développant le langage de la raison, nous fait perdre celui de la résonance. Du coup, à l’image d’une société avide de pouvoir et de domination, le langage devient le plus puissant instrument de manipulation. Et dès que nous posons une fin à réaliser par le langage : vendre un produit, ramener à soi les suffrages de l’opinion publique, assurer devant autrui le bien fondé d’une croyance, il faut admettre que le langage est un moyen efficace de persuasion et non plus de convictions réelles. C’est par la rhétorique, l’art de bien parler en vue d’obtenir, les fins que l’on poursuit que la seule magie du discours ne crée qu’une persuasion. L’homme qui brille en société sait user de cette technique linguistique du « beau parleur », du sophiste qui cultive l’art de parler. L’étendue de ce « pouvoir social du langage » est très large, car partout où il existe une conscience collective, il existe implicitement. Dès qu’on parle de groupe, de peuple, de clan, de tribu, on suppose qu’il peut y avoir un leader charismatique capable de guider des hommes par une autorité persuasive. Il est évident qu’il existe aujourd’hui une rhétorique politique instrument de l’exercice du pouvoir, par lequel le politique apprendra à imposer ses vues, à les faire triompher lors des débats publics. Il existe aussi une rhétorique médiatique, qui se sert du choc des images pour dispenser l’auditeur de penser. Egalement une rhétorique commerciale qui s’adressera au consommateur de telle sorte de le persuader d’acheter ce qu’on lui propose. En bref, il y a un jeu rhétorique du mental partout où l’ego veut exercer sa puissance de manipulation sur l’autre. User de la parole pour séduire, pour convaincre, pour mettre en jeu une autorité s’exerçant sur des hommes en tant que puissance directrice pour commander, toute cette rhétorique du pouvoir éloigne le langage de sa vocation première, d’autant que participant à ce système, si certains êtres dominent, d’autres sont dominés…
 
            Parce qu’il est nécessaire, pour vivre en société, de se soumettre à certaines règles et de se fixer des limites, le langage en tant qu’outil d’intégration de l’individu au sein d’une hiérarchie sociale est respectable. Cette obéissance à des règles, et par voie de conséquence à une autorité, qui s’exerce dès la naissance par le biais de l’éducation et qui se poursuit tout au long de l’existence par la soumission aux institutions sociales doit avoir pour seul objectif de permettre aux individus de vivre ensemble et d’empêcher que leurs besoins et désirs, entrent en conflit et mettent à mal la structure de la société. Cependant, comme dans tout système où il y a des dérives, quand les limites sont dépassées d’un côté (celui du dominant), elles le sont aussi de l’autre (celui du dominé). Ainsi, il est aujourd’hui évident que dans une société où un pouvoir social s’exerce en permanence sur les personnes par le biais d’un langage persuasif, l’obéissance devient dangereuse car l’individu finit par s’y plier en exultant ce qui normalement le caractérise comme un être « intelligent conceptuellement » : sa CONSCIENCE et le replonge dans les bassesses de l’homme, considéré comme une « machine animale » dont le langage est réduit à composer des réponses organiques à partir de stimuli (ordres du dominant). En bref, le parfait cobaye du réflexe conditionnel Pavlovien, ou le mouton d’un troupeau dénué de toute « pensée » même immédiate que possède tout animal digne de ce nom ! Cela est d’autant plus pervers qu’au sein de notre société actuelle, ce n’est pas le discours rhétorique d’un leader qui est responsable de cette « déconscientisation » de l’individu mais c’est aux ordres de l’autorité d’un système entier qu’il accepte de se plier, en déléguant toute responsabilité. En effet, souvent l’obéissance se transforme en conformisme, issu non plus d’une autorité mais du comportement de groupe. L’individu est alors persuadé que le discours du groupe est celui qu’il a lui-même désiré et ce mimétisme est une façon pour lui de ne pas se démarquer du groupe. Ainsi, sous une autorité abusive masquée par le groupe, l’individu devient exclusivement « l’agent exécutif d’une volonté étrangère » (voir l’expérience de Milgram), et délègue entièrement sa responsabilité, ce qui revient à se comporter comme une machine (dénué même de VIE) ! Cette disparition du sens de la responsabilité individuelle est la conséquence la plus grave car cette soumission l’emporte souvent sur l’éthique, l’affectivité, les règles morales, les choix…Tout cela est inquiétant puisqu’on est amené à penser que lorsqu’il s’intègre dans une structure organisationnelle, l’individu, qui est aussi autonome par nature, cède la place à une créature incapable de dresser seule les barrières de sa morale personnelle car uniquement préoccupée par les sanctions de l’autorité, et que du coup, il fait ce qu’on lui demande de faire sans tenir compte de la nature de l’acte prescrit, dès lors que l’ordre paraît émaner d’une autorité légitime. Ce qui est valable dans le cas de la soumission à l’autorité chez les adultes, l’est évidemment aussi durant l’enfance, ce qui doit faire réfléchir sur les méthodes éducatives qui s’imposent aujourd’hui. Par de nombreux exemples forcés de constater que ce que l’enfant subit dans les premières années de sa vie se répercute sur sa manière d’aborder sa vie adulte et donc sur l’ensemble de la société, comment ne pas remettre en question la pédagogie traditionnelle basée sur le même discours persuasif, celle qui se vante de fabriquer des êtres dociles et obéissants pour étouffer la volonté, la conscience et donc la liberté créatrice de l’enfant (voir Alice Miller). Elle ne participe en rien au chemin que doit prendre l’homme pour évoluer…
 
            Donc partout où est en jeu une autorité s’exerçant sur des hommes, il y a usage de la parole, du langage comme puissance directrice : pour persuader, pour ordonner, dicter, commander. Là, c’est l’emploi de la rhétorique du pouvoir qui domine. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il faille se méfier de tout discours dès lors qu’il soit élégant. La vérité n’exclut pas la beauté de l’expression. Ce qui compte, ce sont les motivations de celui qui parle…
                                                                                                                         
A suivre…
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